• Les souvenirs...

    Tournant les pages de l'album, on redécouvre notre visage si semblable à celui d'aujourd'hui. Ce petit visage enfantin couché sur le papier glacé... On y retrouve les même mimiques, le même sourire, les même yeux... Ces yeux aujourd'hui désertés par cette lueur d'innocence, cette lueur d'enfance peu à peu éteinte par le souffle de la vie...

    Cherchant alors dans les tréfonds de son esprit, on essaye de retrouver les fragments du passé de cet instant perdus. Mais le temps nous rattrape, les souvenirs s'estompent, s'effacent. Ces détails si précieux, ces trésors mémoriaux que je n'aurais jamais voulus perdre : La couleur de tes yeux ? La façon dont tu prononçais mon nom ? Ta voix... Alors dans le plus profonds gouffre de mes souvenirs, quelques images me reviennent, elles ont un goût d'ancienneté... Ces instants où je courrais te cueillir des fleurs, ces fleurs pour toi faite d'or alors que la plupart étaient fanées avant même que je te les offres, ces projets que tu faisais pour nous deux alors que tu savait qu'ils n'arriveraient jamais, les moments où je criais ou pleurais car je n'avais pas ce que je voulais, ces caprices infantiles que je n'aurais pas fait si j'avais su qu'ils risquaient d'être les derniers souvenirs que tu garderai de moi, les instants où je riais en te voyant incapable de reconnaître les dessins dans mes livres d'enfants car la maladie qui te dévorait ne te le permettais plus... Mais le temps passe, à présent je ne peut te voir que sur un lit isolé dans une pièce sentant cette maladie qui t'étreins... Ce lit si loin de la petite maison de campagne un peu reculée dans laquelle je passais une partie de mes étés d'enfant, cette maison dans laquelle je m'endormais bercer par ta voix d'où naissait les histoires les plus folles...

    Mais je ne suis pas seule auprès de toi, dans cette salle où baigne la lueur médicale. Je ne peux exprimer le manque de toi qui enserre mon coeur, je suis si petite et j'ai peur, peur du ridicule, peur de ne pas savoir comment exprimer ces sentiments si forts, mais si simples parfois... Alors je remet à la prochaine fois ces confessions avortées dans un "Au revoir", espérant trouver un jour enfin les mots...

    Mais il n'y aura pas de prochaine fois... Dans ma bulle nébuleuse une étoile s'éteint dans mon ciel... C'est toi... On me murmure " Il est parti" et je ne comprends pas, on m'habille de cette jolie robe aux couleurs sombres et je suis alors les grandes personnes dans ce jardin funèbre jonché de fleurs de pierre sur lesquelles sont gravés des noms... Pénétrant dans un bâtiment d'où s'échappe une atroce mélodie de sanglots et de pleurs, je te rejoins enfin dans une petite salle où tu dors dans un lit de bois entouré d'une foule insupportablement silencieuse... Je les regarde, toute ses personnes venant embrasser tes paupières closes, et dans l'ignorance de l'enfance j'imite leur geste, posant alors mes lèvres sur ta peau glacée, je mime sans m'en rendre compte le geste de la personne me précédant, je laisse glisser ma main le long du bois de ton lit d'éternité, dans une caresse abyssale... Je ne comprends pas ce que je fais là...

    Aujourd'hui j'ai compris... Excuse moi de ne pas avoir su dire ces mots, ces mots si forts que j'aurais aimer graver dans ton coeur avant de tu ne t'envoles pour d'autre cieux. Ces mots pourtant si éphémères lorsqu'ils sont prononcés, aussi éphémères que les larmes qui coulent dans le souvenir de ce jour mué d'incompréhension... Aussi éphémère que les souvenirs...

    Je t'aime...

     


     


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